L’espace Sacré, Ça crée – Paroles de Druides #2

De tous temps, les hommes ont ressenti et délimité des espaces, des lieux, comme étant sacrés. En ces lieux, reconnus comme sacrés, furent érigés au fil du temps des mégalithes, des temples, des églises et des cathédrales. Et cette succession chronologique confère à ces lieux un parfum intemporel, un parfum d’éternité.

Il faut toutefois prendre un peu de recul par rapport au mot « sacré », car on l’oppose souvent au « profane » ce qui implicitement peut créer une forme de hiérarchie. Or, nous considérons que la Nature en elle-même est sacrée. Ce qui définit l’espace sacré est donc l’intention que nous y plaçons. L’espace sacré s’appuie ainsi sur un ressenti personnel qui peut être subjectif.

Se réunir en cercle durant un rituel procède de la construction de l’espace sacré, zone délimitée géographiquement dans l’espace, au sein duquel nous nous inscrivons dans une relation au Sacré. L’espace sacré se révèle alors à l’intérieur de soi et nous pouvons le créer, l’investir, aller à sa rencontre et nous y sentir en pleine sécurité et sérénité quoiqu’il se produise autour de nous.

Lorsque nous ritualisons en cercle, trois espaces co-existent physiquement et spirituellement :

– Un premier espace délimité par les pierres qui entourent le foyer central : à l’image du cercle de pierres qui entourait le bras de Nuada. C’est le domaine des Dieux, le cercle qui entoure l’axe vertical transcendant.

– Un second espace délimité par les participants du rituel. Cet espace est dynamisé par les déplacements circulaires des femmes et hommes qui constituent l’assemblée. C’est un mouvement dans le plan horizontal qui combiné à celui vertical du foyer forme une spirale, une hélice.

– Un troisième espace qui est extérieur à ce cercle et que nous pouvons associer à l’espace du quotidien.

Au commencement de toute cérémonie, une requête est adressée aux Dieux et Déesses afin de placer le cercle en dehors de l’espace et du temps. C’est comme si nous ouvrions une fenêtre sur l’Autre-Monde, le monde du Sidh : un espace, ou un non-espace, ailleurs où le temps n’existe pas. Nous passons alors d’un espace physique à un ailleurs, à un autre niveau. L’instant vécu se situe alors hors espace-temps, il s’inscrit dans la trame de l’Univers. Qu’importent le où et le quand, il se grave dans le microcosme de nos cellules et dans le macrocosme de l’Univers.Cette première étape est nécessaire afin de monter le taux vibratoire qui permettra de recevoir les messages que nous avons à recevoir, puis elle est suivie de l’ouverture aux quatre directions. Ce 4 c’est la matière : la nécessité d’être ancré, d’incarner l’esprit dans la matière, tout comme la lame de l’Empereur dans le Tarot de Marseille associée à l’arcane de la Lune. C’est une invitation à travailler en parallèle l’humide et le sec, à aller puiser notre potentiel au tréfonds du caché et à puiser au sein des eaux de notre inconscient des eaux profondes et le faire émerger sur terre. Lorsque nous

plongeons dans nos profondeurs, nous en ressortons avec un espace agrandi. Annick De Souzenelle parle d’aller chercher notre potentiel dans l’ombre afin de l’agrandir et d’agrandir notre espace sacré.

Lorsque nous posons les 4 directions autour / dans l’espace sacré en rituel, nous posons l’ancrage. Nous nous présentons au monde invisible en disant « Ici et maintenant j’en suis là, je suis dans le 4 et je suis ancré » puis nous ouvrons l’axe terre-ciel, l’axe du monde, et nous commençons alors à pénétrer dans ces 3 espaces et dans le monde sacré.

Dans l’expérience de l’espace sacré, nous associons beaucoup espace / non-espace et temps / non-temps. Or, non-temps et non-espace sont aux prémices, à l’origine, de l’univers. A travers cette expérience, nous sommes dans une énergie de démiurge, dans le fait de créer tel une divinité créatrice. L’espace sacré devient source de création et même de co-création, puisque chaque participant est dans la même dynamique durant le rituel. Nous sommes alors tous dans un axe de co-création, chacun avec notre être individuel. Mais puisqu’il n’y a ni espace, ni temps, les limites entre les individus s’estompent et ensemble nous devenons une entité collective. Espace physique, espace intérieur et espace divin s’alignent alors et ne plus qu’un dans une parfaite syzygie.

A l’issue de la célébration, nous rendons l’espace sacré au monde profane. La fermeture des portes permet alors de rendre le lieu à sa vie normale, à sa réalité ordinaire. Mais l’empreinte énergétique de l’espace sacré demeure. Cette fermeture est aussi une façon de revenir pour nous-mêmes à la vie ordinaire, profane. Nous amenons avec nous dans le monde profane fort et rempli ce que nous avons cultivé et reçu dans le monde sacré. En rendant l’espace au monde profane, nous démontons tout et remettons dans la Nature les choses telles qu’elles étaient. Ainsi, nous respectons la Nature et la reconnaissons telle qu’elle est.

Ce texte est protégé par les droits d’auteurs, il est placé sous la licence « Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International License ».
Source: https://blog.lasentedelawen.org/2019/11/24/paroles-de-druides-2-espacesacre/

Novembre 2019, La Sente de l’Awen (https://lasentedelawen.org).

L’Offrande – Paroles de Druides #1

Ce texte autour du thème de l’offrande est la première contribution de notre clairière au blog « Paroles de Druides », qui a choisi ce thème pour le lancement de ses sujets de réflexion visant à élargir l’activité intellectuelle et philosophique des druides, ce qu’ils ont à transmettre, auprès du public (voir https://parolesdedruidescom.home.blog/a-propos/).

Pour y répondre, nous avons choisi de nous réunir et récolter les impressions de chacune et chacun d’entre nous de la clairière qui souhaitaient y contribuer. Ainsi, le fruit de notre réflexion est le reflet de notre perception individuelle et collective de ce qu’est l’offrande, du sens et de la compréhension qu’elle prend pour nous. Et ce, quel que soit notre degré d’implication, ou la durée de notre cheminement dans la tradition celtique et druidique. Aussi, nous remercions tous les apports et toutes les questions qui nous ont amenés à avancer dans la rédaction de ce texte, puisqu’ils partent du cœur de là où nous sommes. C’est cela, la vie de clairière.

Très vite, deux aspects se sont dégagés. Le sens que l’offrande porte pour nous et la symbolique qu’elle représente, d’une part. Et, la mise en pratique concrète, d’autre part, du geste de l’offrande.

Il s’avère que la tradition est un chemin d’évolution qui se vit, que le geste posé est quelque chose d’intime qui prend part dans le contexte spécifique dans lequel il s’inscrit. C’est une tradition orale où chacune et chacun avance à son rythme, en recherchant l’écho de ce qui est à la fois juste pour soi et en résonance avec l’harmonie de l’univers. Une des interventions nous dit précisément que « Le retour d’expérience est irremplaçable pour les nouveaux arrivants. Le rôle de la transmission est d’enseigner aux nouveaux. J’aimerais savoir d’où vient l’offrande, quelle en est son histoire, ce que c’est pour vous, pour que je puisse comprendre ce que ça peut être pour moi. »

À défaut de nous être penchés pour retracer son histoire, nous allons explorer le sens et la symbolique, que nous allons illustrer de quelques exemples concrets, en donnant quelques pistes, sans pour autant donner de « recettes toutes faites », invitant chaque personne enthousiaste à pousser ses recherches et à développer sa sensibilité et son intuition par rapport à sa démarche vis-à-vis de l’offrande. C’est à chacun de dessiner son propre chemin.

L’offrande prend place dans un contexte rituel, même s’il n’a pas été formalisé comme tel. Celui-ci peut être partagé collectivement ou vécu individuellement, dans l’intimité de sa spiritualité. Elle se place donc dans un contexte sacré et magique. Elle a à la fois une portée symbolique et une portée opérative. C’est pour ça qu’il est important qu’elle soit faite en conscience. C’est la valeur principale que nous y mettons. Ce faisant, nous posons une intention dans la trame de l’Univers.

Au travers de nos échanges, nous avons constaté que revenaient principalement deux facettes de l’offrande.

Dans sa première facette, l’offrande est la reconnaissance de ce que l’univers nous a donné. En faisant offrande, nous en donnons une partie à d’autres, et une que nous restituons à la terre et à l’univers, pour leur transformation et un enrichissement de la vie. Cela inscrit un geste d’amour, cet amour que nous avons reçu, nous le repartageons en souhaitant que le cycle de vie poursuive son mouvement et continue de nous nourrir. L’offrande est quelque chose que nous offrons, un cadeau sans intention, où nous reconnaissons la beauté, les Dieux et Déesses. Parfois, cela peut prendre la forme d’un engagement, l’offrande est ainsi notre personne, la manifestation que nous donnons dans la vie. Cela peut osciller de l’un à l’autre, au gré du temps, des rituels et des célébrations.

La deuxième facette, c’est l’offrande que nous plaçons dans le contexte de notre évolution, nous marquons une intention, un souhait qui verbalise ce vers quoi nous voudrions aller dans notre vie, et pour lequel nous sollicitons l’Univers pour nous soutenir. L’offrande a alors pour effet de matérialiser physiquement ce que nous « vibrons », ce vers quoi nous allons et demander soutien pour continuer sur cette voie.

Dans cette deuxième facette, il est important de souligner que l’offrande est quelque chose que nous donnons, non pas la demande. C’est le sens du sacrifice, il s’agit d’une offrande particulière où nous retirons une part de soi (quelque chose à laquelle nous tenions, une part de soi comme les cheveux, quelque chose d’ancien que nous souhaitons voir se transformer), en échange d’une demande. Le sacrifice est alors un don, rendu sacré. La demande devient alors un engagement personnel, un face à face avec soi-même devant les Dieux et Déesses. Nous veillons à nous focaliser dessus et à capter les signaux qui seront envoyés sur le sujet, en s’engageant à les voir. Plus nous mettons des offrandes en posant des intentions, plus nous recevons des leçons, des enseignements de l’Univers.

Auparavant, l’offrande pouvait prendre la forme d’un sacrifice d’animal. Aujourd’hui, en donnant une part de nous-même, nous sacrifions l’animal qui est en nous. L’offrande, le sacrifice devient la matérialisation de notre engagement, vis-à-vis de nous-mêmes et de l’Univers.

En réalité, bien que distinctes, nous semblons convenir que ces deux facettes s’interpénètrent. Ainsi, lorsque nous posons une intention, nous disons et indiquons où nous allons, tout en étant en conscience de où nous en sommes aujourd’hui : nous remercions de ce que nous avons reçu pour en être là, et ensuite nous pouvons formuler une demande pour continuer et aller de l’avant.

L’offrande que nous déposons avec une demande, c’est pour un devenir, pour être bien dans sa vie, nous méritons cela, tout le monde mérite cela. Il faut dépasser les croyances que nous ne sommes pas dignes de recevoir. Ce faisant, nous permettons à d’autres de recevoir. Ce devenir, c’est l’offrande de notre personne, qui fait partie de la première facette.

Que l’offrande soit purement un don en célébration, ou qu’elle vienne accompagner une intention, elle a une portée magique. Il est dès lors essentiel de veiller à être au plus juste dans ses intentions. Ensuite, nous lâchons prise et nous nous en remettons à l’Univers. Nous posons un geste, que nous confions à l’Univers, à la Terre et aux éléments qui nous entourent.

Au fil des échanges, nous avons constaté que nous fonctionnons toutes et tous de façon assez semblable. Or, nous n’en n’avions pas vraiment parlé auparavant au cours de nos chemins personnels, et aucun·e d’entre nous ne s’est vraiment penché sur la signification de l’offrande dans l’histoire, aussi y aurait-il quelque chose d’inné ?

Enfin, nous avons aussi abordé la notion des Dons de la Terre qui prennent place au cœur des rituels des saisons. Pour certains, c’est différent d’une offrande puisque ces dons qu’offrent les druides symbolisent ce que la Terre nous a offert et que nous gardons. Et, pour d’autres, c’est un don que la communauté fait au cercle et à la Terre, s’apparentant donc à une offrande.

Dans certaines clairières, avant de commencer les dons de la terre, ceux de l’an passé sont brûlés pour signifier que nous brûlons les trébuchements de l’année passée, les expériences précédentes qui sont derrière nous, qui symbolisent la reconnaissance de ce que nous avons vécu, et repartir sur de nouvelles bases.

Celle qui distribue les Dons de la Terre représente la divinité de la Terre-Mère, ainsi en plus des dons nourriciers qu’elle offre, elle peut être amenée à glisser un conseil, un message, puisque celle qui prend ce rôle se met à l’écoute de la Terre, elle fait office de canal entre le divin et les humains pour leur donner ce qui est bon, ce sont ses enfants, les enfants de la Terre.

Sur le plan concret, les offrandes et les Dons de la Terre sont toujours en résonance avec le lieu et la saison. Nous allons porter notre choix sur les offrandes, en fonction de la clairière, en tenant compte de son lieu et de son environnement. Si nous semons notre vœu n’importe quand, il ne se réalisera pas forcément. Il se passe quelque chose de différent si le vœu est fait au moment où c’est le moment de semer dans la nature. Au début, notre pratique n’est pas toujours consciente, puis elle peut prendre sens. Par exemple, l’une de nous a choisi l’équinoxe d’automne pour donner au feu ses cheveux coupés, elle souhaitait se débarrasser de ce qui était obsolète.

Celles et ceux qui jardinent trouvent cela très naturel : « c’est par le jardinage que je suis arrivée au paganisme ».

Quand nous n’y sommes pas habitués (coucou les citadins), plus nous faisons l’effort de nous mettre en phase avec les saisons, plus cela se fait. Au début la pratique se fait plus à l’intuition, puis au fur-et-à-mesure que nous nous habituons au cycle, que nous le comprenons, ça se met en place tout seul.

Cela est vrai aussi pour le choix des éléments. Puisque nous confions nos offrandes à la Terre et à l’Univers, nous le faisons au travers d’un des quatre éléments fondamentaux, l’eau, l’air, la terre ou le feu. Chacun d’eux a une spécificité propre. Plus nous cheminons, plus nous sentons aussi l’élément à utiliser pour l’offrande. Au fil du temps, nous acquérons une compréhension sensible des saisons et des éléments. C’est un des trésors essentiels que nous pouvons faire émerger, ce sont des fruits que nous récoltons de notre investissement, et c’est pour cela que cela ne peut pas être écrit. Cela se vit.

Nous nous inscrivons dans une tradition vivante, nous sommes païens, donc nous faisons avec notre pagus, qui désigne le pays, la Terre qui est sous nos pieds. Nous ne ferons pas les mêmes choix d’offrandes si nous sommes dans le Sud-Ouest comme ici, ou dans le Nord ou en Bretagne.

Pour finir, rappelons que nous plaçons dans une offrande le sens que nous lui donnons, que nous la ferons en cohérence avec la saison, la nature, et qu’une offrande peut aussi être « rien », juste être là.

Ce texte est protégé par les droits d’auteurs, il est placé sous la licence « Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International License« .

Source: https://blog.lasentedelawen.org/2019/04/07/paroles-de-druides-1-offrande/

Badge Creative Commons BY-NC-SA

Avril 2019, La Sente de l’Awen (https://lasentedelawen.org).